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Wahid Bouabdellah, ex-PDG d’Air Algérie : « M. Haddad doit s’occuper des travaux publics avant d’aller vers l’aviation ! »

Qu’est-ce qui va changer avec ce projet de loi sur l’aviation civile qui vient d’être adopté par l’APN ?

Presque rien. Il s’agit d’une mise à niveau visant à répondre aux exigences des normes de sécurité, de remboursement et de gestion des passagers, imposées par l’aviation civile internationale. Cette loi n’apporte rien de nouveau et l’essentiel est occulté. Mais c’est Air Algérie et le personnel navigant qui seront les grands perdants. Il y a beaucoup de retards qui ne dépendent pas toujours de la compagnie nationale. Avec ce texte, elle sera tout de même dans l’obligation de rembourser le voyageur. D’ailleurs, on a l’impression que la compagnie nationale est pénalisée et punie pour ses retards avec cette loi. Or il y a des causes objectives et subjectives qu’on ne veut pas aborder et c’est dommage.

N’est-il pas normal qu’elle soit pénalisée avec tous les retards, la qualité de service et d’autres problèmes ?

D’abord, il faut l’aider pour qu’elle arrive à surmonter tous les problèmes qui ne sont pas de son ressort. Il s’agit notamment de la gestion de l’aéroport et de la circulation dans la ville. Ensuite, au sein de la compagnie, il y a un manque d’équipages puisque le décret concernant la durée de vol n’est toujours pas appliqué. Sur les vols vers des pays africains, on mobilise deux équipages pour un avion. Le personnel navigant est une corporation qu’on a laissée de côté. On ne discute pas avec elle de son statut ou de ses conditions de travail. Ensuite, Air Algérie provoque elle-même ses propres retards. On sait que la durée d’un vol Alger-Paris est de 2h20 mais on continue à mentionner 2 heures sur les tickets. Ce n’est pas normal. Ça relève de la bêtise et de l’incompétence.

Qu’est ce qui devait être modifié et qui ne l’a pas été dans ce projet de loi ?

D’abord, il faut un statut légal pour la direction de l’aviation civile. Nous sommes le seul pays au monde où cette direction est un petit appendice du ministère des Transports. En Arabie Saoudite, ils ont un ministère de l’aviation civile. Au Maroc, cette direction est autonome administrativement et financièrement. Ensuite, il faudrait qu’Air Algérie soit consacrée officiellement pavillon national.

Aujourd’hui, même la subvention que les autorités lui accordent est théoriquement illégale puisqu’il n’y a pas de décret qui indique qu’il s’agit du pavillon national. Et il faut revoir aussi les subventions des vols domestiques qui doivent être gérées au niveau des wilayas. Ce n’est pas normal de subventionner des pétroliers. La taxe carbone est également une source d’argent extraordinaire. Air Algérie paie cette taxe à l’étranger mais les compagnies ne la paient pas en Algérie ! La sécurité contre les incendies dans les aéroports est un point important. Sauf que tous nos aéroports ne sont pas dotés de camions anti-incendie pour les gros-porteurs.

Autre problème qui se pose, l’achat des avions. Pourquoi acheter cash alors qu’il y a ce qu’on appelle le leasing professionnel qui est 40% moins cher que l’affrètement. Dans ce contexte, on se pose la question : Pourquoi présenter un texte loi qui n’apporte rien de nouveau à part l’effet d’annonce sur les passagers ? C’est du populisme !

Les lenteurs administratives posent toujours un problème ?

Il faut prendre un avion en leasing opérationnel comme on prend un produit en bourse. C’est-à-dire rapidement. J’avais décidé d’aller très rapidement chez un loueur mondial pour prendre des avions en leasings opérationnel. On a visité trois avions neufs et on a eu l’accord de la direction de l’aviation civile. Le temps de revenir, des Turcs s’étaient rendus sur place et avaient signé des contrats. Le crédit documentaire est très antiéconomique par exemple. On paie plus cher et il faut un certificat de conformité signé par une chambre de commerce. Dans un telex, Boeing nous avait écrit ceci : « on refuse de payer 700 dollars à une chambre de commerce pour une pièce qui coûte 2 dollars afin d’obtenir un certificat de conformité qui n’existe pas dans l’aviation pour une pièce dont on est le seul fabriquant. On ne vend pas ! »

Alors on a déclaré l’avion cloué au sol alors que ce n’était pas le cas pour pouvoir acheter la pièce à travers une procédure d’urgence. Pour Oum Dorman, j’aurais été emprisonné si l’Algérie avait perdu. On a transféré des devises pour payer des places au stade, l’hébergement et il fallait payer cash. C’était illégal mais c’était pour une cause nationale. Si on avait perdu, l’Algérie serait en feu. Heureusement qu’on a gagné.

Qu’est-ce qui bloque l’ouverture du secteur au privé algérien ?

Le privé algérien est déjà dans le transport aérien ! Nous avons beaucoup de transporteurs vers le sud qui travaillent avec de petits avions de dix ou onze places. Ce sont des avions taxis. Auparavant, des Suisses avaient ouvert une société de transport aérien et ils ont fait ce travail pendant des années en Algérie et se sont enrichis. C’était illégal.

Mais qu’en est-il des autres compagnies avec de gros et moyens-porteurs ?

Aucun privé ne s’est présenté jusqu’à maintenant. Vous pensez que l’achat d’un avion est facile ? Qui va mettre 65 millions de dollars dans un avion ou 200 millions de dollars dans une compagnie ? Et puis, ce privé va transporter qui ? Au niveau national, les prix ne sont pas compétitifs. Il va transporter des voyageurs de l’étranger ? Vous avez des touristes ? Quand les privés parlent d’ouverture du ciel, ils visent Air Algérie. Ils sont en train de la détruire pour prendre des parts. Ils sont en train de la casser pour la privatiser.

Le patron du FCE a insisté sur la nécessité d’ouvrir ce secteur au privé …

Haddad doit s’occuper des travaux publics avant d’aller vers l’aviation ! Qu’il fasse bien les routes au lieu de s’occuper d’un secteur qu’il ne connait pas. Il a tellement à faire dans son secteur.

Vous pensez qu’il cherche à privatiser Air Algérie ?

Je ne parle pas de lui ! Je parle de façon générale et je dis qu’on ne fera pas mieux si on faisait exprès (de casser la compagnie). C’est inimaginable ce qu’on fait. Tout le monde est en train de partir. Une dizaine de pilotes vont quitter la compagnie pour Qatari Airways prochainement. Près de 30 mécaniciens vont partir aussi parce qu’il n’y a pas de dialogue.

Vous rejoignez Louisa Hanoune dans ce qu’elle dit par rapport à ce discours sur l’ouverture du secteur aérien au privé ?

Je la rejoins complètement sur ce qu’elle dit car c’est la vérité. Elle défend l’entreprise algérienne publique et elle la défend bien.

La question de l’ouverture du secteur au privé algérien ne se pose pas ?

Oui bien sûr. Aucun investisseur ne prendra le risque.

Khalifa l’avait pris?

Avec l’argent des autres.

Que pensez-vous de la demande du personnel navigant commercial de supprimer l’alcool à bord des avions ?

Je n’ai pas entendu un PNC le dire. En tous les cas, ils doivent se soumettre.

Ils exigent que ça ne soit plus proposé par la compagnie sur les vols …

C’est grave ! Il faut soit les mettre au sol, soit les licencier pour en faire un exemple.

09:07 mercredi 22 avril 2015 | Par Hadjer Guenanfa @HadjerGuenanfa

TSA : Wahid Bouabdellah, ex-PDG d’Air Algérie : « M. Haddad doit s’occuper des travaux publics avant d’aller vers l’aviation ! »

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