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Air Algérie : Bouderbala hérite d’une compagnie clouée au sol

Un classement récent des meilleures compagnies au monde a écarté la compagnie nationale Air Algérie de tout calcul. La désignation d’un nouveau PDG à la tête de cette compagnie est, pour beaucoup, synonyme d’ouverture d’une nouvelle page d’espoir. Quels sont les dossiers qui attendent Bouderbala ? El Watan Week-end a enquêté.

Aucune trace du nom d’Air Algérie dans le Top 100 des meilleures compagnies de navigation aériennes du monde, classement rendu public en mi-juin dernier par Skytrax, organisme de consultation basé à Londres qui fournit des statistiques annuelles sur les compagnies internationales. Le «Skytrax World Airline Awards 2015», organisé au Musée de l’air et de l’espace à Paris, a consacré Qatar Airways compagnie modèle de l’année. Dans la même liste, la compagnie turque, Turkish Airlines, occupe la 4e place. Elle est suivie par Emirates Airlines et Etihad Airways.

Selon les résultats fournis, Air Algérie ne fait même pas partie du Top 10 africain, dominé par la Royal Air Maroc, considérée par Skytrax comme la compagnie qui a le plus progressé durant cette année aux côtés d’Air France qui, elle, occupe la 15e place mondiale. Pour la région Afrique, Air Namibia est en 2e position, suivie par Tunisair qui occupe désormais la 3e place. Un autre classement, annoncé le même jour, qui concerne cette fois-ci les aéroports internationaux, n’inclut l’aéroport international Houari Boumediène ni dans son Top 100 mondial ni même dans le Top 10 de la région Afrique.

Les cadres d’Air Algérie, à qui nous avons demandé de commenter ces résultats, sont unanimes à penser que ce classement reflète réellement l’image de la compagnie nationale. Ils en endossent toute la responsabilité à l’ancien PDG, Mohamed Salah Boultif, qu’ils accusent de mauvaise gestion, d’ailleurs remplacé en mai dernier par Mohamed Abdou Bouderbala, ancien parton des Douanes algériennes. «A Air Algérie, les gens ne gèrent que leurs propres carrières. Notre compagnie est ruinée par le clanisme, le cousinage et le copinage, dénoncent-ils.

La solution est pourtant claire. Il est dans le bon management avec plus d’organisation et de rigueur pour que nous puissions enfin espérer qu’un jour Air Algérie se replace dans le monde de l’aviation civile.» Au lieu de se noyer dans la critique, ces cardes, qui ont souhaité garder l’anonymat, préfèrent analyser la situation, déceler les failles et parler objectivement des dossiers en suspens auxquels Mohamed Abdou Bouderbala devra certainement faire face dans un avenir très proche. Pour eux, le nouveau PDG d’Air Algérie a hérité d’une situation «catastrophique» et «difficile à gérer».

Siège Social

L’un de ces dossiers épineux qui demeure sans solution est celui du nouveau siège social d’Air Algérie qui devait être construit en 2011 au quartier des affaires à Bab Ezzouar par l’entreprise canadienne SM International (voir encadré). Ce projet est aujourd’hui bloqué à cause d’un litige qui oppose encore les deux parties.

Ne trouvant pas de solution, SMI décide de remettre le dossier entre les mains de la Cour d’arbitrage international à Paris qui devra trancher la question avant la fin de l’année en cours. «Air Algérie pourrait dédommager l’entreprise canadienne de 147 millions de dollars si cette dernière gagne son procès, ce qui est très probable selon les détails de l’affaire», assure un proche du dossier, rencontré à Alger. 147 millions de dollars sans compter les frais d’arbitrage et ceux des avocats.

«Le total pourrait atteindre le chiffre de 160 millions de dollars», précise-t-il. C’est ce même siège qui devait abriter le Comité de participation (CP) d’Air Algérie dont l’élection de son bureau a généré un conflit durant plus d’une année entre les travailleurs et leur syndicat affilié à l’UGTA. «Le budget annuel que doit gérer ce comité est d’environ 600 millions de dinars qui représente 2,5% de la masse salariale de la compagnie, explique un syndicaliste d’Alger.

Cet argent sera octroyé aux travailleurs sous forme d’aides ou de subventions pour des soins, mariage, hadj etc. L’UGTA veut nous imposer ces supplétifs incompétents qui ne sont même pas affiliés au syndicat, chose que nous avons refusée. Ils ont l’habitude de tirer profit de cet argent qu’ils gaspillent dans des voyages à l’étranger.» Prévues pour mardi et mercredi derniers, ces élections ont été encore une fois bloquées par les travailleurs de l’actuel siège social de la place Audin (Alger).

Selon les témoignages recueillis, il n’y a que le bureau d’Alger avec ses quatre locaux (Kouba, Audin, Zighoud Youcef et Dar El Beïda) qui freine le processus électoral. En tout, neuf personnes seront élues et feront partie d’un comité de 21 à 31 membres à l’échelle nationale. Nos tentatives pour joindre le secrétaire général de l’UGTA d’Air Algérie, Saïd Tiaouinine, afin qu’il réponde à ces accusations, ont été vaines.

Pilotes

Le manque d’équipage constitue l’autre problème pressenti pourtant depuis 2010 et qui freinera sûrement la compagnie dans les mois prochains, selon les travailleurs. Convoités par les plus grandes compagnies aériennes du Golfe qui leur proposent des salaires alléchants et des situations plus confortables, plusieurs pilotes d’Air Algérie font le choix de quitter la compagnie nationale. Mandaté par le Syndicat des pilotes de ligne (SPLA), dont il est membre, afin de répondre à nos questions, Karim Seghouane, commandant de bord depuis 28 ans à Air Algérie, prévoit un déficit notamment après le départ confirmé de 34 pilotes vers Qatar Airways et Oman Air. «Nous sommes 364 entre commandants de bord et pilotes et nous partageons 42 avions que possède Air Algérie.

Je ne vous cache pas que nous travaillons à plein régime. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas de congés et nous ne pouvons plus programmer de vacances, avoue-t-il. 50 pilotes ont exprimé leur volonté de partir mais seuls 34 d’entre eux ont passé le test chez Qatar Airways. De plus, nous avons quatre pilotes qui vont quitter d’ici fin juillet pour rejoindre d’autres compagnies.» Selon nos sources, un commandant de bord touche chez Air Algérie un salaire de 500 000 DA. Un copilote, lui, peut atteindre les 300 000 DA.

Alors pourquoi quittent-ils la compagnie nationale ? «L’argent et les conditions de travail», répond Seghouane donnant plus de détails sur les offres fournies par les autres compagnies. «Qatar Airways propose aujourd’hui le salaire de 16 000 à 22 000 dollars pour un commandant de bord et de 6000 à 8000 dollars pour les copilotes. Elle offre aussi 2500 dollars pour la location d’une maison avec une prise en charge sociale des enfants. Qui pourrait résister à cette offre ?», s’interroge-t-il. Et d’ajouter : «Nous avons beaucoup d’obstacles et beaucoup de pratiques bureaucratiques qui entravent l’avancée de notre mission.

Nous perdons beaucoup de temps à préparer le vol, le dossier, le volet technique de l’avion, la décision d’embarquement et la vérification des passagers, car nous devons communiquer à la fois avec la police, les Douanes, Sonatrach pour le fioul et même avec les transporteurs. Tous cela doit être fait en une heure de temps, s’indigne-t-il. Ailleurs, les pilotes sont respectés.

Quand ils entrent à bord de l’avion, ils ne s’informent que des derniers détails. Nous manquons de beaucoup d’organisation. De plus, il faut que notre mission soit régie par une loi claire pour éviter tout chevauchement avec les autres corporations.» Selon ce commandant de bord, pour qu’Air Algérie puisse faire tourner son équipage dans de meilleures conditions, il lui faut 20 à 30 pilotes de plus. «Air Algérie a programmé plusieurs voyages supplémentaires. Faute d’équipage, elle est aujourd’hui obligée d’alléger son programme», regrette-t-il.

Slot time

Selon Seghouane, les complications auxquelles font face les pilotes causent parfois des retards dans la programmation des vols qui empêchent non seulement le voyageur d’arriver à temps mais surtout fait perdre de l’argent à la compagnie qui se trouve obligée de payer des amendes aux aéroports d’arrivée. «Le slot time est le créneau de temps réservé à un avion pour quitter l’aéroport. Si un retard est causé, cela entraînera le report du vol d’une heure à une heure et demie, explique-t-il. Tout est centralisé à Bruxelles. Certains aéroports qui ne tolèrent pas les retards, comme ceux de France ou d’Angleterre, obligent la compagnie à payer des pénalités qui peuvent atteindre parfois 10 000 euros.»

Comme Air Algérie est connue pour ses retards répétitifs, beaucoup se demandent combien elle paye de pénalité par an. «Beaucoup d’argent», regrette le pilote. Les retards, les annulations de vols et les changements de programmes ne sont pas les seules raisons qui font perdre de l’argent à la compagnie nationale. Les cadres avouent qu’Air Algérie perd aussi beaucoup d’argent en affrètement et en «s’empêchant» d’exploiter certains marchés comme les frets ou les cargos. «La compagnie perd devant la concurrence.

Ce secteur important est malheureusement profitable à d’autres compagnies dont Turkish Airlines, Emirates Airlines, Qatar Airways et Air Méditerranée. Pourquoi perd-on beaucoup d’argent au profit de compagnies étrangères ?, s’interrogent les cadres. Notre compagnie qui devrait fonctionner selon les normes internationales n’arrive même pas à gérer son propre programme, sa flotte et ses propres compétences.» D’autres relèvent le problème de la compétence dans le domaine de la maintenance aéronautique.

Ils citent en exemple le cas de la base aéronautique de Dar El Beïda qui a coûté 150 millions dollars à la compagnie (certifiée par JAR-OPS), construite entre 2001 et 2004 dans le but d’assurer non seulement la maintenance des aéronefs d’Air Algérie mais aussi ceux de toutes les compagnies africaines. Un bon projet porteur qui n’est malheureusement pas exploité convenablement, selon les mêmes cadres. «C’est un grand hangar construit pour assurer la maintenance de 14 avions à la fois. Aujourd’hui, seuls 3 à 4 avions d’Air Algérie l’occupent.

C’est un marché poussé à perte», regrettent-ils. L’autre chapitre abordé est la qualité des services à l’aéroport comme à bord des avions d’Air Algérie qui, selon eux, «laisse à désirer». C’est selon des critères de ce genre que l’aéroport Houari Boumediène a eu une note au-dessus de la moyenne dans un sondage réalisé par Skytrax (dans le même rapport) sur la base d’appréciations de clients qui ont eu l’occasion de le visiter.

Beaucoup d’entre eux ont aussi dénoncé le fait qu’on tolère encore la cigarette à l’intérieur de l’aéroport, ce qui n’est pas le cas de la plupart des autres aéroports internationaux. Ces dossiers seront sûrement posés sur la table de la direction d’Air Algérie, notamment par son nouveau PDG que nous n’avons pas pu joindre. Les téléphones de la direction de la communication et de son secrétariat sonnent à longueur de journée. En vain.

ElWatan - Air Algérie : Bouderbala hérite d’une compagnie clouée au sol

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