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La Tribune - Fonds bloqués en Algérie : Aigle Azur en danger. Que fait la France ?

Créée en 1946, Aigle Azur est la plus ancienne compagnie aérienne privée française et sa survie est aujourd'hui engagée en raison du blocage en Algérie par la banque d'Algérie d'un peu moins de 28 millions d'euros de recettes. Cette affaire dure depuis des années. Mais aujourd'hui, si la situation ne se décante pas rapidement, la compagnie qui emploie 1.200 personnes, dont 600 en France, risque de se retrouver en février/mars dans une situation extrêmement tendue sur le plan de la trésorerie.

"Pour ce type de compagnies, février-mars constitue en effet le point bas en termes de trésorerie", confirme un expert.

Cette période de l'année correspond à la fin de la saison hiver, une période de plusieurs mois faible activité pour le transport aérien, alors que les entrées de cash liées aux réservations de l'été prochain seront encore très modestes. Les 25 millions d'euros que comptait Aigle Azur fin novembre selon nos informations devraient être largement entamés à ce moment là.

L'hypothèse d'une cessation de paiement est sur toutes les lèvres, même si la baisse du prix du carburant est un soulagement, et que d'autres possibilités existent pour passer l'hiver. «Aigle Azur peut très bien arrêter de payer ses taxes en France. Elle l'avait fait l'hiver dernier », se souvient un professionnel du secteur.

Les actionnaires ne comptent pas remettre au pot

Pas question de compter sur les actionnaires actuels, le groupe Gofast (51%) et le groupe chinois HNA (49% du capital) : ils n'entendraient pas remettre au pot.

Pour rappel, ces fonds bloqués correspondent au reliquat de trois types de recettes avant 2011 : les redevances passagers qui pendant longtemps ne pouvaient pas être rapatriées en France selon la loi algérienne (elles le sont aujourd'hui), les surcharges carburant et les billets émis non utilisés. Aujourd'hui l'activité d'Aigle Azur en Algérie n'est pas concernée. Depuis un an, la banque d'Algérie a débloqué une partie de la somme, mais pas la totalité tant que le contrôle sur ces fonds, entamé il y a deux ans, ne sera achevé

45% de parts de marché

En décembre 2014, 2,8 millions ont été débloqués. Puis 8 millions supplémentaires le 13 juillet. Air France est également concernée mais les montants sont largement inférieurs en raison de sa présence extrêmement limitée sur l'axe franco-algérien puisqu'elle n'assure plus que la ligne Paris-Alger.

"Le pavillon français en Algérie, c'est Aigle Azur", rappelle un observateur. Sa part de marché s'élève en effet à 45% et Aigle Azur est le principal concurrent d'Air Algérie.

Côté français, plusieurs connaisseurs du dossier expliquent que l'accord aérien entre les deux pays est bafoué puisque le principe de réciprocité n'est pas respecté.

"L'accord aérien franco-algérien a toujours autorisé de tels rapatriements, au moins pour les surcharges passagers et carburant, expliquait récemment l'un d'eux. Et, même si le cas des billets émis non utilisés n'est pas implicitement spécifié dans l'accord, le fait qu'il soit autorisé par l'association internationale du transport aérien (Iata) et qu'Air Algérie a toujours rapatrié en Algérie ce type de recettes réalisées en France aurait dû pousser à l'époque Alger à accepter ces rapatriements de devises des compagnies françaises".

Cette pratique est en effet mondiale et n'est en rien une spécificité française.

Nouvel acteur algérien sur la ligne Paris-Alger

En off, des voix s'élèvent pour déplorer le manque d'énergie déployée par la France pour faire respecter l'accord aérien.

"La France dispose de moyens de pression sur l'Algérie en menaçant par exemple de refuser les nouvelles demandes de vols pour la France des compagnies algériennes pour l'été mais ne les applique pas», explique un proche du dossier.

Jusqu'ici Paris ne s'est pas engouffré dans cette voie. L'été dernier, Air Algérie a obtenu une grande partie des vols demandés pour l'été. Et pas plus tard que cette semaine, une autre compagnie algérienne, Tassili Airlines, a commencé à exploiter des vols entre Paris et Alger.

Enjeux diplomatiques

Le dossier est pourtant remonté au plus haut niveau.

"Le sujet est compliqué et très sensible. Nous savons qu'Aigle Azur va mal. C'est un cas de préoccupation et il est suivi de près par l'Etat à tous les niveaux, y compris à l'Elysée", explique une source ministérielle.

Manuel Valls l'a effectivement abordé plusieurs fois avec son homologue algérien et le Quai d'Orsay en a remis une couche récemment en octobre lors d'une réunion bilatérale. Sans grand succès. La relation diplomatique entre Paris et Alger dépasse le cas Aigle Azur.

"L'importance géopolitique de l'Algérie est majeure pour la France", explique la même source qui espère que le travail de longue haleine qui a permis de débloquer certaines sommes finira par payer.

"On marche sur des œufs", reconnaît une autre source.

De fait, personne ne veut s'exprimer. Interrogé l'Elysée n'a pas répondu. Le Quai d'Orsay non plus. Matignon a renvoyé au secrétariat aux Transports lequel n'a pas souhaité faire de commentaire. La Direction générale de l'aviation civile (DGAC) et Aigle Azur n'ont pas souhaité eux aussi s'exprimer.

La Tribune - Fonds bloqués en Algérie : Aigle Azur en danger. Que fait la France ?

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